LA TABLE RONDE


Les romans arthuriens affirment que la Table Ronde - la "table qui tournoie" - a été créée par Merlin à l'intention d'Uther Pendragon, et surtout du roi Arthur. Mais ce thème se réfère à un modèle antérieur : la table, quelque fut sa forme - ou sans doute plutôt le feu au centre de la hutte - autour duquel aux temps celtiques se réunissaient les guerriers et autour duquel se déroulaient les festins.

La Cène,
représentée autour d'une table ronde
par André Pais (1629)

Eglise de Suré (61)

Il s'agit en tout cas d'un lieu clef pour la vie communautaire. Un lieu où les participants se retrouvent égaux, sans préséance pour l'un ou pour l'autre, portât-il le titre de roi. Tel devait plus ou moins être l'organisation sociale lorsque les clans rivalisaient entre eux et lorsque l'Arthur historique les coalisa contre les envahisseurs.

La forme de la Table vient cependant transcender cette simple réalité historique : le fait qu'elle soit ronde semble évoquer un mythe solaire et Arthur est effectivement un roi solaire, un roi qui se tient au centre et qui se garde d'intervenir personnellement.

Mais peu à peu, avec le thème de la quête du Graal et avec la christianisation des motifs, le symbolisme de la Table Ronde se complexifie. Et on en vient à dénombrer plusieurs tables aux significations complémentaires :
      
1°) La table de la Cène réunissant les apôtres autour du Christ
       2°) la table du Graal qu'institue Joseph d'Arimathie, reflet de la précédente
       3°) la table instituée par Merlin pour asseoir la société chevaleresque. Les meilleurs chevaliers y siègent côte à côte en parfaite égalité avec le roi
. Seul un siège y est interdit, qui reste vide tant que le "bon chevalier", parfaitement pur, celui qui est destiné à mener à bien la quête, n'apparaît pas. Tous ceux qui s'y installent indûment sont foudroyés et disparaissent dans les profondeurs de la terre. C'est le "siège périlleux", dans lequel on reconnaît la pierre de souveraineté, la pierre de Fal de la tradition irlandaise, qui criait lorsque celui qui était destiné à devenir roi y posait le pied.