FICHE SIGNALÉTIQUE DE MÉLUSINE


origine - le nom de Mélusine apparaît à la fin du Moyen Age, mais sa légende regroupe divers thèmes mythologiques et légendaires de la France Médiévale, tout autant que du monde indo-européen et du patrimoine universel.
- plus directement, on a pu évoquer diverses influences : celles du monde celtique, du Proche-Orient ou de l'ancienne Scythie.
 

Mélusine et sa lignée.
Johannes Bämler, Augsburg, 1480
(Stiftsbibliotek, Saint-Gall)

 
nature - fée - femme de l'autre monde - dragon.
autres noms - Mellusine, Mellusigne, Merlusigne, Mère Lucine, Mélisande, fée Mésusonnette (Bourbonnais), Marluzenne (Hainaut), Merluisaine (Champagne), Merlusse (Vosges), Merlusine (Saint-Dié), Mère Lousine (Côte-d'Or) ...
personnages
associés

- divers personnages légendaires relevant d'une même thématique : la fée d'Argouges, les vouivres, les sirènes.
-
personnages relevant d'autres cultures : la grecque Echidna, serpente ou crocodile au-dessous du nombril, Cécrops à demi serpent, le serpent de la Genèse qui tente Eve, ainsi que le dieu grec Eros, l'apsara hindoue Urvashi ou la fille du maître des eaux de la légende scythe relevée par G. Dumézil, s'unissant respectivement à Psyché, Pururavas et Xaemyc.
- Jean Markale suggère, à plus ou moins juste titre, des rapports avec Echidna, Lamia, Pandora, Médée, Eurydice, Lucine, Keridwen, Dana et sainte Anne, Rhiannon, Morgane et la Lilith hébraïque.
- sainte Mélusie semble être l'équivalent chrétien de Mélusine.

étymologie

- Parmi les multiples interprétations du nom de Mélusine, qui ne s'excluent pas nécessairement les unes les autres et génèrent plutôt " un flou artistique du plus bel effet " (Jean Markale), on peut citer :
- d'après le récit de Jehan d'Arras, "mélusine" signifierait "prodige" ou "prodigieuse".
- le Littré suggère le latin melus, "mélodieux, agréable ".
- Bullet propose une racine celtique mi-lysowen, "moitié-serpent".
- selon Léo Desaivre, "Merlusine" désignerait la "mère des Lusignan".
- Henri Dontenville suggère entre autres la racine mar, mer, mel qui en ferait une "dame des eaux", une "dame de la fontaine", ou encore "mère Lucine", d'après une désignation de Junon en tant que protectrice des accouchements : Lucina.
- Lusine/Lucine renvoie à la racine latine lux, "lumière", et au nom du dieu celte Lug.
- P. Martin-Civat parle de "mère l'eusine", d'après le nom poitevin du chêne vert, de l'yeuse, et il fait de la Mélusine primitive une divinité du chêne.
- Félix Liebrecht se réfère à une désignation d'Artémis : Melissa, et invoque l'influence phocéenne.
- E. Blacher propose une ouverture vers la déesse hindoue Miluschi
, la "généreuse", dont la mère Priçni serait l'équivalent de Pressine.
- on a également rattaché Mélusine aux anciennes mines d'argent de Melle, dans les Deux-Sèvres.
- Jean Markale semble pouvoir définir le personnage à partir du grec : melas - leukos, la "Blanche-Noire".

naissance

- en Albanie (celle du Proche-Orient, ou bien l'Ecosse) et, selon Claude Gaignebet, au début mai.
- au niveau de l'histoire, émerge dans le monde des hommes, au sein de la forêt de Coulombiers, comme privée d'existence antérieure.

mort - s'envole du château de Mervent, et disparaît après avoir fait le tour de Lusignan (à moins qu'elle ne s'envole à jamais à partir de Sassenage).
- n'ayant pu conquérir la condition mortelle, elle continue à vivre hors du monde - en Féerie, dans l'île d'Avalon - ou bien à hanter la nuit les lieux qu'elle a marqués de sa présence.
parenté - fils de la fée Pressine (laquelle serait soeur de Morgane) et de l'homme Elinas.
- soeur de Mélior et de Palestine.
- femme de Raimondin.
- mère de huit fils affectés d'une tare physique : Urien, Eudes, Antoine, Renaud, Geoffroy la Grand'Dent, Fromont et Horrible, avant d'en avoir deux normaux : Raimonet et Thierry.
- aïeule des familles de Lusignan, de Parthenay-Larchevêque et de la Marche.
fonction

- fée, femme de l'autre-monde, succube et en quelque sorte diabolique, bien que bonne chrétienne.
- bâtisseuse, défricheuse.
- dispensatrice de biens terrestres, de richesses.
- génie ou déesse des eaux, ou bien des forêts.
- mère et fondatrice de lignées.

signes
particuliers

- femme de toute beauté, aux longs cheveux qu'elle peigne éventuellement devant un miroir, séductrice.
- en bâtisseuse, porte une dorne (un tablier) dans laquelle elle transporte les pierres de construction.
- le samedi, dans le secret, serpente (ou poisson) au-dessous du nombril, à la queue burelée d'argent et d'azur (les couleurs des Lusignan).
- après la rupture de l'interdit, dragon volant.
- son cri, lorsqu'elle s'envole ou qu'elle annonce la mort d'un de ses descendants, est terrible à entendre.